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Si tu es né dans les années 80, tu n'as sans doute jamais entendu parler de cette émission de légende qu'était "les mains magiciennes". Je me souviens encore de celle sur les bulles de savon, ils plongeaient des volumes en fil de fer dans une solution savonneuse et ça faisait des formes de ouf.
Figure-toi que comme je suis le pendant pâtissier de monsieur Senbei, je passe pas mal de temps dans la cuisine et du coup je sais pas si je dois aimer ou haïr ce Japon qui d'un côté nous fait des éponges bien foutues, et d'un autre côté, as usual, est juste incapable de te fournir des torchons qui essuient correctement la vaisselle.
Si tu as un jour fait la vaisselle au Japon avec du matos bien foutu from 100¥ shop, tu auras sans doute remarqué que les éponges ont des trous. Si l'image du dessus peut te laisser croire que le trou sert à accrocher l'éponge sur une ventouse elle-même fixée à l'évier, et ce pour des raisons purement pratiques de rangement, tu te plantes GRAVEMENT.
Le trou était là avant, la ventouse est venue après.
"Mais pourquoi ces Japonais font-ils des trous dans leurs éponges ?", t'étonnes-tu fort à propos.
Je t'explique : ça sert à ce que ton produit vaisselle reste plus longtemps dans l'éponge, du coup tu en utilises moins et ça mousse plus.
Avoue, ça te troue le cul.
Eh ben figure-toi que pas plus tard qu'il y a 5 minutes, j'ai essayé avec une éponge française.
It works.
Oh bien sûr, tu vas pas faire un joli trou tout rond dans ton éponge, tu va juste prendre un couteau bien pointu et large, et puis tu va faire une première incision (d'estoc, parce que pour couper dans une éponge, bonne chance), puis une deuxième à 90°, pour avoir une fente en forme de croix. Tu refais pareil un peu plus bas dans ton éponge, et tu testes.
Dis merci.
Dans les couloirs du métro, tu as droit à ce genre de propagande :

Mais à peine tu as fini de monter ton escalier que tu te retrouves face à ça :

Qu'on laisse allumés les écrans de Shibuya et de Shinjuku sans lesquels effectivement la capitale prend des airs de post-apocalypse peu propices à la consommation, je dis pourquoi pas. Mais les panneaux à la con au cul des immeubles et la pub Crayon Shin-chan en boucle qui te lave le cerveau devant le 109 pendant que tu attends tes potes qui se garent dans le coin (et puis tu les attends longtemps, parce que pour se garer à Shibuya un samedi soir, bonne chance, mano !), est-ce vraiment nous montrer là l'exemple de l'économie d'électricité ?
Ah ça, pour dire aux gens de se geler les couilles ou de crever de chaud en utilisant pas la clim', y a du monde, mais dès que c'est business, vas-y, balance-moi des images crados qui bougent plutôt qu'un 4x3 en papier !
Japon, si tu veux pas que j'utilise la clim' pour réchauffer mes petons l'hiver, je dis "bonne idée". La clim' ça flingue mes cheveux et dessèche ma peau de bébé (ne ris pas, connard, j'ai une peau de bébé que ta meuf elle est grave calmée quand je lui donne mon secret, qui est de ne jamais utiliser de savon pour me laver le visage). Mais tu seras gentil de te magner d'importer ces fabuleux radiateurs à pierre réfractaires qui sont la solution idéale à tes problèmes de gestion de chaleur et d'économie électrique. Pronto !
On dit que les Japonais font pas de révolution, c'est vrai. Mais ils gueulent quand même. A Shibuya.
L'autre jour c'était contre les centrales nucléaires, hier c'était contre cette discrimination envers les hommes que constituent les wagons pour femmes : afin d'éviter les mains au cul, certains wagons sont interdits aux hommes aux heures de pointe. MAIS les femmes ont le droit d'utiliser les autres wagons quand même.
Devant l'évidence de la revendication (moi, ça me fait pareil avec la parité à sens unique), je demande au gars si je peux le prendre en photo. Alors il demande à son boss, qui dit OK et qui me demande d'où je viens et ce que j'en pense. Je lui dis que les meufs sont quand même bien des morues et que dans mon pays ça se passerait pas comme ça ah là là ma bonne dame c'était bien moins le bordel au temps béni des colonies et tiens, regarde l'écran Panasonic là en face de ta manif à deux balles, c'est Kuroki Meisa, comment je lui mets tout dedans à la faire prolapser en pink sock, mais vas-y, vieux continue de gueuler, c'est toujours ça que les Boches auront pas.
Ému jusqu'aux larmes, le boss me confie qu'un autre étranger lui a également apporté son soutien un peu plus tôt dans la journée, et après m'avoir demandé si je lisais le japonais, il me tend le tract de leur manif, que je lirai probablement dans l'avion, parce que demain sort la PS Vita alors, hein, les gonzesses, leurs mains au cul, tout ça, y a des choses plus importantes dans la vie, quand même.

Si tu veux un endroit sympa où les hôtels et les trains sont pas blindés même en pleine Golden Week, moi je dis : le Tôhoku ça le fait grave.
Aujourd'hui, promenade à Shibuya (beau temps, belles jambes, tout ça).
J'ai donc pu observer dans leur milieu naturel 2 espèces qui mettent à mal ta libido : la biche et la morue.
La morue, c'est cette nana avec un corps qui t'incite à lui faire subir les derniers outrages, une garde-robe qui la met en valeur et un joli minois correctement maquillé.
Bref, tu la baiserais bien. Et par "bien", j'entends "volontiers", indépendamment de ton endurance ou de ton altruisme.
SAUF QUE.
Elle fait la gueule.
Je comprends pas. Tu passes des heures à prendre soin de toi, si tu te maquilles c'est que t'essaies de te rendre jolie (j'imagine pas une Shibuyette se maquillant pour se rendre moche), tu gères tes fringues pour te rendre sexy, ET TU FAIS LA GUEULE !
Mais c'est quoi ton putain de problème ?!
T'es juste une morue.
La biche, elle, c'est encore pire : elle peut être jolie, t'as juste pas envie de la toucher tellement tu crois que même si tu lui demandes ton chemin elle va appeler les keufs.
C'est la nana qui a dans les yeux la terreur de la biche face à ton Porsche Cayenne. Mais tout le temps. La terreur permanente. Je veux pas de son quotidien.
J'en ai croisé une tout à l'heure dans les couloirs du métro. Je te raconte :
Tu le sais, le métro japonais c'est très organisé. Par exemple les escaliers. Il y a un côté pour descendre et un côté pour monter, le tout indiqué par des petites flèches sur les marches. Les deux files sont également séparées par des petites barrières, espacées de façon à ce que tu puisses passer librement d'une file à l'autre en cas d'urgence.
Bon.
Comme tu l'as peut-être également remarqué, les Japonais sont pas non plus les gens les plus pressés du monde.
Donc comme j'avais un train à prendre, que les gens de la file qui montent avançaient à un rythme peu compatible avec mes jambes élancées de guépard, je passe sur l'autre file au niveau de la dernière barrière, c'est-à-dire 1,5m avant la fin des escaliers. Tu vois, je fais pas mon rebelle qui se tape toute la file à rebours, ni le gaijin bouseux qu'avait pas vu qu'il était pas dans le bon sens. Juste je fais mon ninja, le mec fluide, quoi.
Et ben juste en haut de l'escalier, il y a une biche. Elle avait toute la largeur de son escalier pour descendre, elle avait visiblement choisi de descendre précisément à l'endroit où j'ai franchi la limite mais, techniquement, elle avait LARGEMENT la place de continuer tout droit avec tous les gens de sa race.
Et ben non.
Elle est restée figée sur place, en me regardant avec des grands yeux, mais même pas avec une réflexion du genre "ah, le connard de gaijin qui respecte rien", non, juste de la terreur, comme si ma simple présence lui avait fait l'effet d'un requin géant qui allait avaler la file entière des gens qui descendaient. Limite elle allait tomber à genoux et se mettre à pleurer.
Pure panique.
Tu le sais, moi mon truc, c'est la socio. Donc si toi ton truc c'est la psycho, je te pose la question, sincèrement :
QU'EST-CE QU'IL SE PASSE DANS LA TÊTE DE CES GENS-LÀ ?!
Les Japonaises veulent un mariage comme dans les pubs, comme dans les films, avec des pétales de roses qui tombent d'un ciel vanille et une pluie de grains de riz à la sortie de l'église sans qu'il y en ait un qui t'arrive dans l'œil et qui te donne l'air d'avoir la myxomatose sur la photo de groupe en bas des marches.

Elles veulent une robe de princesse, des rubans partout, des filles d'honneur avec des ailes dans le dos, avec la musique d'Amélie Poulain en fond, comme quand tu entends la musique de Rocky à chaque entretien d'embauche.
Les Japonaises veulent du buffet délicieux mais qui fait pas grossir, du copain musicien *cough*Robert Patrick*cough* qui vient chanter une chanson en français parce que c'est romantique, et quand il met des pains toutes les 3 mesures parce qu'il est mal assis et qu'il oublie la moitié des paroles, c'est pas grave parce que de toute façon, les meufs, qu'est-ce que ça connaît à la musique ?
Alors tout le monde vient le féliciter et le marié il a les larmes aux yeux, et finalement tout le monde est submergé d'émotion, alors tu te dis que la prochaine fois tu pourrais aussi bien chanter "Saga Africa", tiens.
Elles veulent des tas de copines célibataires qui diront "いいな~" et qui ne jureront que par le kokusai kekkon en rêvant d'un Paris que tu n'as jamais connu.

Elles veulent passer la matinée chez le coiffeur pour obtenir une coiffure improbable à base de 50 épingles à cheveux, que quand tu aides à les enlever après, tu comprends que le coiffeur en question il a pas le même cursus que ton papa qui te coupait les cheveux avec les ciseaux de la cuisine...
Elles veulent toute cette imagerie féerique qu'on leur a vendue depuis l'enfance, de La Belle au Bois Dormant à Sex and the City.
Et elles ont raison.
Parce que pour peu que le temps s'y prête, tu passes une journée géniale, qui fera des photos de légende et des souvenirs inaltérables. Tu y rencontreras de charmantes demoiselles, elles aussi sur leur 31 parce qu'une fête de mariage tout le monde sait que c'est du crypto-o miai, et s'il y a moyen de lever de la Coréenne de passage, ben vas-y, gros, décapsule-moi ça.
Ce mariage était la raison principale de mon séjour au Japon, et j'ai la chance d'avoir immortalisé l'union de cet ami artiste, astucieux et intelligent, créatif et amoureux d'une femme magnifique, charmante, sexy et généreuse, tout aussi dingue de lui.
Je leur souhaite pas mes vœux de bonheur, ils nagent déjà dedans que c'en est à vomir.
Mais je les remercie pour cette note d'espoir en la race humaine qu'ils irradient sur chaque photo.
Tu le sais, je kiffe tous ces livres de self-improvement dont est particulièrement friand le Japon. Le problème, c'est que quand tu arrives à la caisse avec celui-ci :

et celui-là :

tu passes un peu pour Jo-le-cas-social...

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