lundi 31 décembre 2018

Cinéma de quartier (5)

Invariablement, lorsque les États-Unis ou la France menacent d'adapter un manga ou un anime en version "live", se rappelle à la mémoire collective le sinistre Dragonball Evolution, déclenchant les pires craintes et par la même occasion la rengaine désormais fameuse : "C'est toujours comme ça quand les étrangers adaptent les mangas ! Il faut laisser faire les Japonais".

Effectivement, rien de mieux que les Japonais pour adapter fidèlement et correctement les mangas, d'où l'avalanche nippone de trésors cinématographiques tels que Lupin the 3rd, Gachaman ou encore Terraformars.
Heureusement que le Japon s'en est occupé, tiens.

Bien entendu, devant les mécréants qui affirment qu'une adaptation en film d'un anime ou d'un manga est vouée à l'échec, les ânes que vous êtes ne mentionnent quasiment jamais LA meilleure adaptation à ce jour, mais toujours Rurôni Kenshin, comme si on pouvait pardonner son violon maudit, son Sanosuke dénué de charisme et son Hiko Seijûrô qui fonctionne à l'envers juste à cause d'une seule scène qui déboîte (comme par hasard dénuée du fameux violon), et récemment BLEACH.

BLEACH, nom de dieu. Comment osez-vous ?!

Je m'en vais donc vous expliquer dans le détail pourquoi BLEACH c'est de la merde, même si le fond du problème est tout simple : les mecs se sont dit "on a UNE chance, donc balançons tout ce qu'on peut, genre les 7 premiers tomes en moins de 2 heures". Le développement des persos qui est le cœur du manga ? On s'en branle. C'est pas comme si on avait une dizaine d'années de films de super-héros pour nous démontrer que CHAQUE FOIS qu'on essaie de faire rentrer un maximum de contenu dans un seul film ça foire, et quand on prend son temps ça marche, hein...

Et non seulement le fond condamnait déjà le film, mais alors la forme... Oh putain.

D'abord, dès le début du film, on a la surprise de voir que le fantôme d'une fille est devenu le fantôme d'un garçon, et on n'a aucune idée du pourquoi : quel est donc le putain d'obstacle incroyable qui aurait empêché les réalisateurs de trouver une fille pour jouer ce rôle ESSENTIEL, voilà bien le mystère.

Ensuite, on comprend qu'on n'a pas engagé le meilleur cadreur, genre t'as juste à faire un zoom tout droit, mais en fait nan, tu es le drunken master du cadrage :

C'EST TENDU, QUAND MÊME, DÈS LE DÉBUT DU FILM ! (le watermark, c'est le soft que j'ai utilisé pour découper, fais pas gaffe)

Et après, pendant au moins la moitié du film, TOUTES les réactions sont aux fraises, TOUS LES TIMINGS sont à la ramasse. C'est un truc de ouf. Tiens regarde ça, check la scène d'action "à la japonaise" :

La réaction d'Ichigo, mais AAAAAAAAARRRRGH ! Le mec tourne la tête 2 heures après et ENSUITE la caméra suit, mais PUTAIN, VOUS AVEZ JAMAIS ENTENDU PARLER DE DAVID FINCHER, BANDE DE FILS DE PUTE ?

Et là, évidemment, tu as constaté un autre problème: le casting.
Pour les fans de BLEACH, Rukia, c'est ça :
Mais à la place on a eu le Kiki de tous les Kikis :
Donc déjà, y a pas 10 minutes qui se sont écoulées que t'as la rage. Mais tu vas voir : les mecs c'est trop des as du planning.

Je te passe la scène d'Ichigo qui court avec les bras en mode "moulin à vent", because comme tu le sais tout le monde court comme ça, donc c'était plutôt une bonne idée de le mettre dans le film, ça donne pas du tout envie de prendre un flingue...
Et puis dans la série "essayons quand même de prendre des acteurs qui ressemblent aux persos, comme ça même si on les développe pas les gens sauront de qui il s'agit", je te présente Inoue Orihime, dont la caractéristique principale est d'être une bonnasse à gros seins, tellement qu'elle est juste la 3è plus grosse paire de la série (celui-là, tu sais que tu cliques pas si t'es au boulot ou si ta copine est japonaise, hein, on s'est compris).
Eh ben devine quelle plantureuse créature ils nous ont choisie :
Voilà voilà.

Et alors LE passage qui montre que les mecs sont des purs abrutis qui n'ont rien planifié correctement, c'est la fameuse scène dite du "pyjama". Je te raconte : Ichigo a 2 sœurs de 11 ans, Karin et Yuzu. À un moment, Ichigo rentre chez lui et Yuzu lui demande s'il a pas vu son pyjama. Évidemment, il est pas au courant, il a bien d'autres chats à fouetter. Et puis Ichigo rentre dans sa chambre, et soudain :
Non seulement Rukia s'est installée dans sa penderie, mais en plus elle porte le fameux pyjama de Yuzu.

Sauf que. Voici un comparatif des tailles respectives de Rukia et Yuzu dans le manga :
Comme tu le vois, elles lui arrivent toutes les 2 à l'épaule, donc ça fait sens.
Mais dans le film...
Yuzu lui arrive à la bite. À LA BITE, T'ENTENDS ?

Eh ben qu'est-ce que tu crois qu'ils ont fait, les mecs, après avoir décidé de caster des gamines de moins de 10 ans hautes comme 3 pommes ?
Eh ben oui : ils ont gardé la putain de scène du pyjama telle quelle. Ils ont pas pensé à ce que ce soit le pyjama de Karin qui fait 1/2 tête de plus que sa sœur dans le film, ils ont pas pensé à supprimer juste la référence au pyjama sans rien changer d'autre, nan nan. Ils ont tout gardé exactement comme c'était, alors que visuellement ça ne fait AUCUN PUTAIN DE SENS !

Puis vient la scène du Grand Fisher au cimetière, et là, ils ont COMPLÈTEMENT zappé une scène MAJEURE du manga qui leur aurait pas coûté plus (ou en tout cas beaucoup moins que ce qui va suivre) : la scène où Ichigo et Rukia se comprennent sans se parler, le moment où ils deviennent ALLIÉS. Comment tu peux zapper un truc aussi fondamental ?

Pour une raison qu'on ignore, la scène déborde du cimetière où elle se déroule en intégralité dans le manga pour aller se poursuivre... En ville. Donc effets spéciaux hors de prix pour un résultat mitigé, une scène par-ci par-là pour mettre en valeur un personnage secondaire, vraiment le truc poussif et sans aucun intérêt. Je rappelle que l'anime n'utilise que 2 épisodes par combat jusqu'à la fin de l'arc "il faut sauver le soldat Rukia". L'anime a un rythme de folie, quoi. Eh ben non : on va faire un film qui se traîne, SPÉCIALEMENT pendant les scènes de combat. À partir de là, c'est affrontements à la Saint Seiya (je te pousse dans un mur, tu me pousses dans un camion, etc.) mais chiants comme la mort jusqu'à la fin du film. Ça fait rêver, hein ? Et comme les mecs ont décidé qu'il fallait faire de la merde visuellement, sinon ce serait trop trop dommage, abordons le cas des lunettes de Renji. Parce qu'au début, Renji porte des lunettes spéciales qui lui permettent de détecter Rukia, bien qu'elle soit à l'intérieur d'un corps de synthèse. Bon. Et lorsque Renji affronte Ichigo, ce dernier lui pète ses lunettes. Comme ça :
Eh ben que deviennent ces lunettes dans le film, hmm ?
Comment tu veux qu'on vous prenne au sérieux quand en 2018 vous en êtes encore à faire des méchants grimés et déguisés à la San Ku Kai ?

Voilà. TOUT sonne faux dans ce film, c'est laid, c'est mal organisé, les gens ne font que de la figuration, y compris les 3-4 personnages principaux qu'on balance dans une succession de scènes sans queue ni tête et avec un rythme dégueulasse parce que les scènes se traînent la mort mais l'histoire par contre il faut que ça aille super vite... En clair : ces gens ont transformé un manga qui tient ESSENTIELLEMENT par son histoire fabuleusement bien branlée en simple film d'action, et paie ton action, quoi. À croire que c'est Zack Snyder qui a pondu le script.

Bref, si tu fais des études de cinéma, regarde BLEACH le film et fait un mémoire dessus, tellement y a à dire sur chaque plan, tu vas te taper une note de légende.

#NotMyRukia

5 commentaires:

Raton-Laveur a dit…

Bro ta profile pic c'est Casshern le film de 2004 et t'en as pas parlé
Rembourse ou fais un article dessus, il m'a trop secoué le crâne pour que je puisse me faire un avis dessus, mets l'ordre dedans ma tête stp

Robert Patrick a dit…

Ah là là, ton commentaire m'ennuie bien, mano : Casshern souffre du même problème que 300 : un trailer de ouf et un film pas à la hauteur, les 2 mettant en avant la photographie, évidemment, mais Casshern se mange en plus la réalisation à la japonaise, c'est-à-dire le putain de manque de punch. Y a des tas de scènes de combat interminables, avec des grimaces, des plans longs comme ma bite... Dès qu'on sort des anime, le rythme japonais c'est vraiment un problème (les pubs, c'est pareil). En plus il y a le respect du matériau original : tu sais jamais jusqu'à quel point la maison d'édition a voulu gaver le truc jusqu'à la mort (pareil pour l'adaptation française de City Hunter, le gars a pas fait comme il voulait, y avait des figures imposées), et je connais pas suffisamment l'anime (ni le reboot façon Araki Shingo) pour juger à quel point le film respecte le thème et les éléments indispensables de la source.

Bleach, je peux.

Anonyme a dit…

Tu ne veux pas prendre la bonne résolution d'écrire au moins un article par mois ?

Robert Patrick a dit…

@Anonyme : comment tu es fou. J'ai tellement de trucs à faire EN PLUS de devoir trouver des sujets, que MÊME si j'avais un sujet par mois je pense que j'aurais juste pas le temps matériel de le traiter correctement. Comme d'autres blogueurs que j'apprécie, je cherche vraiment pas la régularité.

milou a dit…

Le taux de merdicité du film a l'air bien haut, mais est-ce qu'il était possible d'attendre quelque chose de décent ?

 
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